LE BONHEUR EST DANS LE PRé

Amour des vieilles pierres, quête de la tranquillité...
Amenés par le TGV et les nouvelles autoroutes, les néoruraux
colonisent peu à peu les régions les plus reculées de France.

Un carré d'herbe, un potager pour découvrir les joies du jardinage, le chant des oiseaux et des champs et des forêts à perte de vue... Les Français sont de plus en plus nombreux à prendre leurs cliques et leurs claques pour se mettre au vert. Au regard du dernier recensement de 1999,
410 000 citadins ont délaissé la ville pour travailler à la campagne. Stressés par les cadences urbaines infernales et la pollution, les néoruraux ont des idées précises sur leur rêve.
" D'abord, cela part d'un coup de foudre pour une région, se souviennent Sylvie et 
Thierry Barreteau, ex-Parisiens Gersois depuis onze ans. Nous avions projeté d'habiter au sud de la Loire une maison avec des tuiles canal. En passant par Lectoure, on s'est dit : "Ce serait génial d'habiter ici pour nos gamins." Nous cherchions une maison de maître traditionnelle en pierre avec une belle vue et éloignée de tout...
On a finalement opté pour une ancienne ferme moins isolée.
En fait, on se sentait bien ici,
tout simplement. L'endroit nous
a plu car nous avons vu tout
de suite ce que nous pouvions
y faire."

DES ÂMES DE ROBINSON CRUSOé
" Le charme de la maison de campagne, c'est aussi le pouvoir de se soustraire de l'habitat collectif pour se trouver un autre lieu de vie complètement
alternatif : individuel, autonome, indépendant, voir isolé. On se découvre des âmes de Robinson Crusoé",
analyse Jean-Didier Urbain, docteur en anthropologie sociale et culturelle et auteur
de Paradis verts.
Désirs de campagne et passions résidentielles,
Ed. Payot. Arrivés en 1992, soit quelques années avant la vague verte engendrée dont témoigne le


Stressés par les cadences urbaines et la pollution, les néoruraux cherchent un habitat individuel, indépendant.

campagne tout en travaillant en ville. La tranquille Vendôme, dans le Perche, est désormais aux portes de Paris avec ses 400 voyageurs qui effectuent la navette quotidiennement. Dans le
Sud-Est, on a construit à la gare TGV d'Avignon des garages à voitures pour des Franciliens qui descendent chaque week-end dans le Luberon. Tous ont trouvé preneurs. " Avec la mise en
service de la ligne grande vitesse Sud-Est, on ne retrouve plus
la campagne que l'on désirait,
regrette Jean-Didier Urbain. Celle-ci devient une sorte de désert surpeuplé. Je conseille
aux candidats de se tourner
vers des régions moins
clémentes du point de vue du climat mais qui au regard de la quête de tranquilité et de regroupement familial, sont encore peu investies. "
" Pour des prix encore raisonnables, soit 30 000 euros, on peut encore s'offrir un petit pied-à-terre dans la Creuse ou encore la Haute-Marne.
Le Morvan, abordable il y a encore quelques années, est lui, de moins en moins enclavé ",
explique Jean-François Buet, administrateur de la Fédération nationale de l'immobilier (Fnaim). Et ce mouvement vers la
campagne n'est pas près de s'arrêter : selon un sondage Ipsos (2), 47 % des personnes interrogées souhaiteraient, à l'horizon 2010, habiter à la campagne. Et même s'il paraît
de plus en plus difficile de tomber sur LA belle fermette à retaper, sachez que 90 % de la population vit encore en ville ou dans des zones à dominante urbaine.
Seule 10 % des Français habitent véritablement dans des espaces
de dispersion. Il y a encore de
la place pour tous le monde...

Dominique Chidaine

(1) Chambres d'hôtes le Sabathé,
32700 Saint-Mézard. Tél. : 05-62-28-84-26 
(2) Sondage réalisé en août 2003 pour
Le Moniteur.

film le bonheur est dans le pré,
les Barreteau avaient une mise de départ de 60 000 euros.
Ce qui a permis de retaper les
lieux et de développer des chambres d'hôtes puis, plus tard, du tourisme équestre et des
stages d'arts martiaux (1).
Depuis les 35 heures et l'engouement pour la "petite Toscane" ont fait grimper les
prix. " Aujourd'hui, il  faudrait
un capital de 150 000 euros
pour acheter une maison
comme la nôtre. Sans compter
la rénovation..."
A l'instar du Gers, partout en France,
les maisons de campagne deviennent un rêve de moins
en moins accessible.
Le développement des moyens
de communication n'est pas étranger à la colonisation des contrées hexagonales les plus reculées. En 1980, la France comptait 5 500 kilomètres d'autoroutes, contre 11 000
en 2000. Et ce n'est pas fini :
partout où les engins de chantier déroulent leur ruban de bitume, l'immobilier flambe aux alentours.
" Alors que l'autoroute Clermont-Bordeaux n'est pas encore achevée, les prix des maisons dans les Combrailles
région qui va être traversée 
en 2006 par cet axe, ont d'ores et déjà augmenté de 30 % ! ",
constate Jacques Servajean
agent immobilier à Riom, dans
le Puy-de-Dôme. 

CHANGER D'AIR APRè le travail
Si ce département auvergnat est jusqu'ici resté hors d'atteinte de la mainmise étrangère sur les vieilles pierres, il n'en résulte pas moins que le marché est actif. " 95 % des maisons de campagne achetées sont destinées à devenir des résidences principales, poursuit Jacques Servajean. Il y a trente ans,les gens effectuaient 22 kilomètres en moyenne entre leur maison et leur lieu de travail. Depuis quelques années, ce chiffre est passé à 30 kilomètres." Une analyse complétée par Jean-Didier Urbain : "La société française est marquée par une fluidité de plus en plus grande de la population. Le français est l'Européen le plus mobile sur son territoire. Son choix de résidence ne se définit plus en fonction de la proximité de son lieu de travail, mais de plus en plus par rapport à la qualité de vie qu'il trouve. Aujourd'hui, les néoruraux n'hésitent pas à effectuer trois heures, voire plus, de transport par jour pour rentrer au bercail dans un cadre de vie qui les isole.
"
L'effet TGV a permis à de nombreux urbains de goûter aux charmes de la ,